« Festival of Arts Shiraz-Persepolis », les années utopiques

Depuis le 21 avril, la Whitechapel Gallery accueille l’exposition A Utopian Stage: Festival of Arts Shiraz-Persepolis (1967–1977).

Chaque été, de 1967 à 1977, des festivals artistiques en plein air étaient organisés entre Shiraz et Persepolis, en Iran. La révolution islamique de 1979 avait définitivement mis fin à ces évènements spectaculaires qui rassemblaient des artistes du monde entier. Mais aujourd’hui, ils sont ravivés grâce aux archives originales (vidéos, affiches, photographies, programmes, textes) exposées pour la première fois au Royaume Uni.

Pendant 11 années consécutives, les festivals accueillaient différentes disciplines artistiques (musique, théâtre, danse, chant) avec un double objectif : d’une part, permettre aux artistes perses d’être au contact d’autres cultures et d’autre part, devenir un lieu d’expression moderne et alternatif.

Les festivals de Shiraz-Persepolis témoignèrent de l’essor d’un mouvement d’un genre nouveau, à vocation multinationale et universelle. Volontairement transgressifs, ils faisaient la promotion des différents types d’art : primitif, archaïque, avant-gardiste, contemporain, folklorique, expérimental, satirique, subversif. Le mot d’ordre : élever sur un même pied d’égalité toutes les productions culturelles, qu’elles soient asiatiques, africaines, nord et sud-américaines ou européennes – au milieu d’un monde en voie d’industrialisation, tiraillé par la guerre froide et les décolonisations. C’était également l’occasion de célébrer des traditions non occidentales : en 1970, des artistes du Sénégal, du Nigéria, du Rwanda et de l’Uganda, dont les pays avaient obtenu l’indépendance quelques années avant, participèrent au festival.

Ces évènements encensaient également l’interaction des quatre continents dont les productions culturelles s’influencent mutuellement pour bouleverser les conventions narratives. Plusieurs grands noms à l’origine de ce nouveau mouvement émaillent l’exposition: Jerzy Grotowski, célèbre metteur en scène et artiste polonais, est l’un des plus grands réformateurs du théâtre du XXe siècle. Très inquiet des conséquences que les technologies de communication modernes pouvaient avoir sur les jeunes, Grotowski prônait la pratique de danses et de chants favorisant le corps et de l’âme. Karlheinz Stockhausen, un compositeur allemand largement inspiré par la philosophie hindouiste, concentrait son travail sur l’esthétique extérieure de la musique. John Cage, compositeur américain de musique contemporaine expérimentale, est notamment connu pour avoir fondé Fluxus, un mouvement philosophique qui questionnait le statut de l’œuvre d’art, le rôle de l’artiste, ou encore la place de l’art dans la société.

En choquant, les artistes poussent le spectateur à adopter un regard neuf. A Utopian Stage: Festival of Arts Shiraz-Persepolis est une célébration de la différence, de l’originalité et de la liberté. Cette exposition rappelle aussi le foisonnement culturel et avant-gardiste des artistes iraniens, qui aujourd’hui sont contraints de travailler dans la clandestinité.

A Utopian Stage: Festival of Arts Shiraz-Persepolis Festival of Arts, Shiraz Persepolis (1967–1977)
21 Avril – 04 octobre 2015
Entrée libre

Un article rédigé pour la French Radio London