« London Dust », quand la crise touche la City

Rut Blees Luxemburg vit à Londres depuis les années 90. Pour son exposition London Dust organisée au Museum of London depuis le 1er Mai, l’artiste allemande présente une série de photographies des tours de la City, le quartier financier de Londres. La crise économique de 2008 a bien ralenti le rythme effréné des constructions, mais les gratte-ciel, dont le Gherkin, le Shard et le Walkie Talkie se découpant sur l’horizon depuis le début du millénaire, sont loin d’être les derniers.

Puriste, la photographe utilise un argentique et ne retouche pas ses clichés sur Photoshop. Elle se sert en revanche des CGI (Computer Generated Imagery), les images générées par ordinateur utilisées par les promoteurs immobilier pour faire la publicité de leurs projets, puis les superpose à ses photos en  grand format. Tout le monde a déjà vu ces CGI dans les zones urbaines en mutation, sur de grands panneaux cachant les travaux tout en tentant de séduire les habitants avec des images épurées. Des images à vocation réalistes, mais souvent trompeuses: elles exhibent une vision sublimée des tours avec un ciel londonien parfaitement bleu et ensoleillé en arrière-plan. De la poudre aux yeux pour des passants invités à rêver d’appartenir un jour à ces projets futuristes.

La tour Pinnacle par exemple devait concurrencer les 300 mètres de la tour Eiffel. Suite à la récession de 2008, elle ne dépasse pas 7 étages. Le Walkie-Talkie provoqua quant à lui des incendies, faisant fondre les voitures garées à côté du site de construction.

L’artiste nous invite à regarder et à juger le chaos urbain provoqué par une architecture changeante au gré de l’environnement économique. Qu’est-ce que ces tours représentent? Des rêves inachevés, des projets avortés, des terrains laissés à l’abandon. Pour elle, ces bâtiments ne sont pas des icônes, des audaces architecturales ou des attractions touristiques mais une réalité matérielle qui s’inscrit dans la poussière et la saleté, au milieu d’un quartier chaque année plus saturé.

La série de photographies est complétée par un micro film intitulé London/Winterreise. Ce sont des séquences filmées devant la Bourse, pendant et après Occupy London, le mouvement activiste contre l’inégalité économique.

L’exposition est aussi  l’occasion de flâner dans le musée dont l’exposition permanente retrace l’histoire de la ville.

London Dust, du 1er Mai  au 10 Janvier 2016 au Museum of London, entrée libre

Un article rédigé pour French Radio London