Souvenir d’un concert

Ce soir, c’est le grand soir : j’accomplis ma bonne action de l’année et accompagne ma môman à un concert. Non, je ne vous dis pas au concert de qui, sinon vous allez arrêter de lire, et c’est pas le but.

Ce que vous devez savoir, c’est que c’est au Zénith, là où j’avais vu Julian Casablancas vaciller derrière ses binocles opaques avant de disparaître dès le troisième morceau (il en avait déjà marre l’asticot). Conclusion ? Mauvaise performance, donc mauvais souvenir pour ma pomme. Mais c’est l’ocas’ ou jamais de faire ma BA, alors je décide de suivre ma matriarche jusqu’à la Villette, prophétisant une salle pleine à craquer de lolitas à appareils dentaires intégrés.

J’étais pas loin du compte, le tout Paris au féminin avait ramené sa fraise. Des ados, des minettes, des trentenaires, des mères, des grand-mères, toutes dalleuses jusqu’à la moelle, et forcément Robert, qui pensait que cette sortie culturelle se conclurait par gâterie une fois de retour à la maison. Désolée Robert, c’est pas pour tout de suite.

La suite justement, c’est un Anglais aux petits yeux bleus et au sourire banane nacrée. Il débarque sur scène en sautillant gaiement jusqu’à son piano. Je le trouvais défraichi sur les posters, mais il est pas si mal en vrai, même dans sa combi militaire verdâtre.

Les premières notes sont lentes et les paroles mielleuses. Flanquée de deux fanatiques démasquées, je réalise que je suis vraiment pas à ma place. Le son est trop lent, personne ne bouge, c’est pas un concert. Je m’insurge. Remboursez-moi !

Tout bascule 10 minutes plus tard. Je sais pas si c’est ma binouze qui fait effet ou le rosbif qui se chauffe, mais je suis toute émoustillée. La salle se retourne comme une vieille chaussette et se met à baver avec enthousiasme. Les sauterelles du premier rang envahissent la fosse d’une traite, et la migration gagne vite les rangs supérieurs.

Il sort son youkoulélé. Petite guitare, grand chanteur. Je tends l’oreille de plus près, si près qu’il finit par me prendre dans ses filets, moi aussi. Je suis piégée comme un rat par le joueur de flûte. Mes lèvres finissent par mimer les paroles : « You’re bioutiful, you’re bitiful its truuu. »

Arrive l’heure du bain de foule. Notre James adoré saute sans peur, au milieu et pour le plus grand bonheur des mains baladeuses. Moi je suis plus loin dans les gradins, et je sens que c’est la chance de ma vie. Alors je cours, je dévale les escaliers et le croise, pile quand la foule s’écarte pour le laisser partir. Nous voyant débarquer, mes deux voisines hystériques et moi, il vire au rouge vif, et fuit comme un lapin au son d’un coup de feu.

Un spasme de lucidité m’indique qu’on est allées trop loin, les deux hystéros et moi. Au risque de frôler à nouveau l’incident diplomatique, je retourne à ma place, pour taper des mains sagement, comme les gens normaux.

Le ciel du Zénith est crevé de torches mobiles que les fans agitent avec bonheur. Comme un magicien fabuleux qui saurait parler et commander aux Iphones, James nous avoue que ‘I saw an angel’. Nous aussi James, nous aussi…

Je ne pensais pas avoir le cœur si facile, mais dans cette atmosphère propice aux révélations moites, j’ai compris. James Blunt est mon futur mari. J’aurais voulu qu’il me cueille comme un coquelicot, mais c’est trop tard, le concert est fini. Il est content d’être à Paris, il nous remercie d’être venus et nous félicite d’avoir inventé le saucisson. Le rideau se baisse.

Ps : James, je t’aime.

 un article publié pour le Paris Culture Club

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